Les enfants et la sécurité routière - extrait d'une étude de l'institut Vias

Les enfants sont un groupe très hétérogène d’usagers de la route, les risques spécifiques encourus dans la circulation sont dès lors différents selon le développement de leurs aptitudes en tant que participant à la circulation et du moyen de transport utilisé.

Une des principales causes pour lesquelles les enfants sont les usagers de la route les plus vulnérables est leur développement cognitif et physique plus limité. Ils sont encore en train de développer les aptitudes nécessaires pour pouvoir participer de façon sûre à la circulation. Par ailleurs, leur développement physique est également encore en cours, ce qui explique que la ceinture de sécurité, conçue pour des adultes, ne suffit pas comme dispositif de retenue en voiture. Leur autonomie limitée veille à ce que la sécurité routière des enfants soit influencée dans une large mesure par les adultes, et plus spécialement par les parents ou les accompagnants. Les parents ne déterminent pas uniquement le mode de déplacement de leurs enfants. Ils ont également un impact important sur le comportement et les attitudes apprises par les enfants grâce à leur rôle d’exemple. Par ailleurs, les parents portent l’entière responsabilité de la sécurité d’un enfant lorsqu’ils le véhiculent en voiture ou comme passager d’un vélo. Le rôle des parents et des accompagnants est traité au § 0.

Processus de développement

Lorsque les enfants sont considérés comme des participants actifs à la circulation, donc lorsqu’ils se déplacent comme piéton ou cycliste, leurs aptitudes jouent un rôle important dans leur sécurité routière. Ces aptitudes sont déterminées par leur développement cognitif, sensoriel et physique. Les aptitudes dont disposent les enfants dépendent souvent de leur âge. L’étude (Limbourg, 2008) montre toutefois que d’autres facteurs influencent également ce développement. Faire plus d’exercices réduirait ainsi le risque de chute ou de blessures. Les enfants moins actifs présentent des aptitudes psychomotrices et une capacité de concentration moins bien développées (DaCoTA, 2012a).

1. Développement cognitif

Différentes aptitudes cognitives sont nécessaires pour pouvoir participer de façon indépendante à la circulation en tant que piéton ou cycliste. Il n’est pas uniquement nécessaire d’être capable de comprendre le Code de la route, il est aussi important de pouvoir reconnaître des situations à risque et de décider quelles actions sont nécessaires pour assurer sa sécurité. Des actions simples dans la circulation comme traverser demandent de nombreuses aptitudes cognitives : repérer la présence de la circulation, coordonner des informations provenant de différentes directions, évaluer le timing sur la base de la vitesse de la circulation et le temps nécessaire pour traverser, et enfin coordonner les perceptions et les actions (DaCoTA, 2012a).

Une première aptitude importante est la capacité à se concentrer sur ce qui se passe dans la circulation. Les jeunes enfants sont actifs, énergiques et souvent impulsifs. Leur laps de concentration est plus bref que celui des adultes et ils ont davantage de difficultés à partager leur attention entre différents stimulus. Ils sont dès lors plus vite distraits et peuvent ainsi traverser la rue subitement (Toroyan & Peden, WHO, 2007). Entre 5 et 7 ans, les enfants apprennent à contrôler systématiquement leur attention et cette aptitude s’améliore progressivement jusqu’à l’âge de 14 ans (Wright & Vliestra, 1975 dans DaCoTA, 2012a).

La prise de conscience de situations à risque et le fait de pouvoir y réagir correctement sont d’autres aptitudes importantes pour se déplacer en toute sécurité dans la circulation. Le développement de cette perception du risque a lieu en trois phases. À l’âge d’environ 5 ans, un enfant est capable de percevoir un risque au moment où il se présente (« acute risk awareness »), à partir de 8 ans, un enfant peut aussi anticiper un risque de façon à adapter son comportement et à l’éviter (« anticipation risk awareness ») et à partir de 10 ans, un enfant peut prendre des mesures préventives pour éviter un risque (« preventive risk awareness ») (Limbourg, 1997 dans DaCoTA, 2012a). Pour les enfants plus âgés (et surtout les garçons), la perception du risque est rendue plus difficile parce qu’ils surestiment souvent leurs propres possibilités et – notamment sous l’influence des normes du groupe – ont une préférence accrue pour un comportement à risque (Rijk, 2008).

Par ailleurs, il est également important pour les usagers de la route d’être capable de traiter une grande quantité d'informations en un bref laps de temps. Les enfants jusqu’à l’âge de 12 ans ont davantage de difficultés à évaluer des situations de circulation plus complexes que d’autres usagers de la route. Comme déjà mentionné, traverser est également une tâche complexe dans laquelle une grande quantité d'informations doit être traitée. Les enfants âgés de 4 à 8 ans peuvent souvent réaliser cette tâche, mais ne pas décider eux-mêmes de traverser. Jusqu’à 11 ans, les enfants hésitent encore trop souvent, ce qui modifie la situation au moment où ils traversent effectivement. À partir de 13 ans environ, les enfants peuvent sans souci  traverser seuls (Hoekstra & Twisk, 2010). Les situations complexes de circulation sont par ailleurs rendues plus difficiles parce que les enfants ne disposent souvent pas encore de l’aptitude pour se mettre à la place d’autres usagers de la route : ils partent du principe que ceux-ci peuvent les voir parce qu’ils les voient aussi (Jacobsen et al., 2000).

Le développement des aptitudes cognitives des enfants ne dépend pas uniquement de leur âge. Mais aussi de la mesure dans laquelle les enfants ont la liberté de bouger et de se déplacer librement sur la voie publique, jouer revêt un rôle important dans ce développement (DaCoTA, 2012a). Toutefois, une répartition en fonction de l’âge peut fournir des informations. Le psychologue en développement Piaget (1965) a établi une répartition dans laquelle on distingue quatre niveaux de développement cognitif (Neuman-Opitz, 2008 dans DaCoTA, 2012a).

 Phase sensori-motrice (0 à 2 ans) Durant cette phase, l’accent du développement est mis sur la coordination de la prise de conscience et du mouvement. Les enfants (qui peuvent uniquement se déplacer de façon autonome à pied) courent encore un grand risque sur des lieux assez sûrs comme une allée de garage. Dans cette phase, les enfants sont en effet attirés par des objets en mouvement comme des véhicules. Par ailleurs, le concept de la permanence d’un objet n’est pas complètement développé : un véhicule stationné n’existe pas, s’il n’est pas visible pour l’enfant.

 Phase préopérationnelle (2 à 5 ans) Durant cette phase, les enfants ont plutôt un regard égocentrique sur le monde : leurs actions sont uniquement déterminées par leurs propres perceptions. Les enfants ne peuvent pas encore se mettre à la place des autres usagers de la route : ils partent du principe que tous les usagers de la route qu’ils voient peuvent aussi les voir. Par ailleurs, à cet âge, les enfants sont très rapidement distraits et ne peuvent pas se concentrer, tant sur un jeu que sur la circulation.

 Phase opérationnelle concrète (6 à 11 ans) À partir de l’âge de 6 ans, les enfants peuvent se mettre à la place d’autres usagers de la route. Des concepts tangibles comme la taille d’une voiture ou la distance pour aller à l’école ne sont pas un problème, des concepts abstraits restent par contre toujours compliqués. À partir de cet âge, l’éducation routière est utile lorsque cela se fait dans la pratique, mais pas encore de façon théorique. Les enfants de cette catégorie d’âge ont par ailleurs encore de grandes difficultés à évaluer des situations complexes de la circulation lorsque différentes choses se passent en même temps.

 Phase opérationnelle formelle (12 ans et plus) À partir de 12 ans, les enfants peuvent penser de façon de plus en plus abstraite. Ils peuvent repérer, évaluer et éviter les risques. Ils comprennent les règles complexes de la circulation et peuvent même les appliquer dans un nouvel environnement. L’éducation routière peut aussi être théorique à cet âge.

2 Développement des sens

La vue et l’audition constituent deux sens fondamentaux pour pouvoir participer à la circulation en toute sécurité. Ces sens ne sont pas encore tout à fait développés chez les enfants.

Tout d’abord, le sens de la perspective reste limité chez les enfants jusqu’à l’âge de 9 ans. Les enfants plus jeunes peuvent dès lors moins bien évaluer la distance entre eux-mêmes et un autre objet, d’autant plus si les deux sont en mouvement (Toroyan & Peden, WHO, 2007). En outre, les enfants à partir de 5 ans peuvent reconnaître les couleurs et, bien qu’ils ne sachent pas toujours les appeler par leur nom, ils peuvent en comprendre la signification dans la circulation (Limbourg 2008 dans DaCoTA, 2012a). Par ailleurs, le champ de vision des enfants n’est suffisamment développé qu’à partir de l’âge de 8 ou 9 ans pour qu’un enfant puisse avoir une vue globale d’un événement (Zeiss, 2012). C’est pourquoi les plus jeunes enfants ont du mal à percevoir les risques qui n’apparaissent pas devant eux, mais à côté d’eux (Sandels, 1975 dans DaCoTA, 2012a).

De plus, les enfants ont également une perception auditive limitée. L’audition n’est complètement développée qu’à partir de l’âge de 6 ans, mais même à cet âge, les enfants ont toujours du mal à déterminer d’où provient un bruit. Les enfants sont également souvent distraits et n’entendent dès lors pas certains bruits de la circulation (DaCoTA, 2012a). Les enfants ne peuvent pas non plus évaluer la taille et la vitesse d’un véhicule en fonction du bruit d’un moteur (Toroyan & Peden, WHO, 2007).

3 Développement physique

Physiquement, les enfants vivent également un grand processus de développement. Ils doivent encore grandir, continuer à développer leurs aptitudes psychomotrices et leur morphologie est encore très différente de celle des adultes. Leurs limites physiques en font également des usagers de la route vulnérables.

Tout d’abord, leur petite stature a pour conséquence qu’ils sont plus souvent masqués par des obstacles et sont donc moins visibles pour les autres usagers de la route. D’autre part, cette plus petite stature peut les empêcher de percevoir certaines informations de la circulation (Toroyan & Peden, WHO, 2007 ; Rijk, 2008). Ensuite, la tête des enfants est proportionnellement plus grande que le reste de leur corps, par rapport aux adultes. De ce fait, le point d’équilibre des enfants est plus haut et ils présentent un risque accru de blessures à la tête (Toroyan & Peden, WHO, 2007).

Par ailleurs, les enfants sont aussi limités dans leur développement psychomoteur : ils sont en plein apprentissage de la perception et de la coordination de leurs mouvements. Ces aptitudes sont importantes en tant que cycliste et piéton. Alors que les enfants apprennent essentiellement durant les deux premières années de leur vie à s’asseoir et à se déplacer, ils disposent entre 3 et 6 ans des aptitudes psychomotrices pour se déplacer en tant que piétons. Les enfants jusqu’à l’âge de 7 ans ont toutefois encore du mal à arrêter un mouvement de façon abrupte (par exemple : s’arrêter de courir au bord d’un trottoir). Étant donné que les enfants ont grand besoin de bouger, ils courront ou sauteront plus souvent lorsqu’ils se trouvent dans la circulation (DaCoTA, 2012a). En ce qui concerne le vélo, les enfants apprennent généralement à l’âge de 5 ans à en faire et, à partir de 8 ans, ils utilisent également le vélo comme moyen de déplacement. Une très grande amélioration de la maîtrise du vélo est perçue jusqu’à l’âge de 10 ans, mais les enfants jusqu’à l’âge de 14 ans continuent à éprouver des difficultés à combiner le fait de faire du vélo et le respect du Code de la route. Bien que les aptitudes psychomotrices des garçons de 13 à 14 ans soient généralement complètement développées, ils connaissent toutefois encore un grand risque en tant que cyclistes, parce qu’ils aiment davantage les comportements à risque (Hoekstra & Twisk, 2010).

Enfin, le fait que leur morphologie soit différente de celles des adultes a des implications sur la sécurité des enfants en tant que passager de voiture. Alors que pour les adultes, la ceinture de sécurité classique suffit comme moyen de retenue, les enfants ont besoin d’un dispositif plus adapté à leur morphologie. Les enfants ne sont pas simplement plus petits que les adultes, les rapports relatifs entre les parties de leur corps et le développement de leurs os et de leurs muscles sont également différents de ceux des adultes. Il existe différents dispositifs de retenue tenant compte de cette morphologie spécifique. Ces dispositifs peuvent être un couffin, un siège pour bébés qui est placé dans le sens contraire de la marche, un siège pour enfants avec des sangles propres ou un coussin de sécurité et un rehausseur - avec ou sans dossier - permettant d’utiliser la ceinture présente dans la voiture (Schoeters & Lequeux, 2018). Des études montrent que le risque de blessures sévères chez les enfants diminue entre l’âge de 1 et de 7 ans de 70% lorsqu’ils sont transportés dans un dispositif de retenue adapté par rapport à uniquement la simple ceinture bouclée. Selon l’âge et le type de dispositif de retenue, le risque de blessure diminue de 50 à 90% (Elvik et al., 2009).

Voir l'étude complète sur: "https://www.vias.be/publications/Themadossier%20verkeersveiligheid%20n°17%20-%20Kinderen/Dossier_thématique_n°18_-_Enfants.pdf".

Les premières sorties à vélo avec son enfant : entre bonheur et inquiétude

Aujourd’hui est le grand jour. Vous avez décidé de la première sortie à vélo avec votre enfant. Vos sentiments sont néanmoins partagés. D’une part, vous êtes heureux de le voir franchir un nouveau pas vers plus d’autonomie. Et puis vous savez que pratiquer le vélo, c’est un des plus beaux sports. C’est aussi très écologique, très convivial et surtout très économique.

D’autre part, vous ressentez de l’inquiétude car vous savez que l’environnement routier n’est pas sans risques et  que le chemin à parcourir pour  faire de votre enfant un bon cycliste sera long. Et pourtant, ce n’est pas faute de lui avoir enseigné les règles de base du code de la route, la signification des principaux signaux. Vous lui aurez aussi donné de nombreuses recommandations collectées sur les sites de sécurité routière. Mais entre la théorie et la pratique, il y a un monde.                                                                               

Doit-on pour autant renoncer à cet apprentissage ? Non, parce que le vélo permet d’acquérir les bons réflexes qui feront du jeune cycliste un conducteur averti. Non, parce qu’il est aisé de réduire les risques en s’entourant de quelques précautions.  On peut les classer en trois catégories : une bonne maîtrise du vélo, une bonne mise en pratique des règles de conduite et faire preuve d’anticipation et de réactivité.

D’abord, bien maîtriser son vélo

Une bonne maîtrise du vélo s’impose avant de prendre la route. Cela suppose  que l’enfant soit capable de freiner avec les deux freins. Nombre d’enfants évitent  le frein avant, craignant de faire un soleil, expression qui  fait allusion à un cycliste qui est passé par-dessus son guidon. Or, seul l’usage simultané des deux freins permet de s’arrêter sur la plus courte distance. Mais attention si le sol est glissant ou dans un virage. La technique de freinage sera dans ces cas tout autre.

Parlons maintenant de l’utilisation du changement de vitesse. Sans exercice pour découvrir ce mécanisme, c’est la catastrophe annoncée. La tendance au début est de détourner son regard de la route pour le fixer sur les manettes (1). Ces quelques secondes d’inattention  ne sont pas sans risques pour le jeune cycliste. Le mieux au début sera l’usage limité à deux ou trois vitesses intermédiaires.

Terminons cette partie en parlant de la position sur le vélo. En particuliers, la tendance est de placer la selle trop bas ce qui a pour effet de décupler l’effort à fournir. Une autre erreur est de pédaler sur les talons et sur la voûte plantaire. Pour un pédalage correct et efficace, il faut user de l’avant-pied.

Ensuite, connaître et bien appliquer les règles de circulation

Les difficultés concernent également le respect des règles de conduite dans la circulation. Les exercices en site réel montreront très vite l’importance de consolider les acquis théoriques.    Le principal problème à rencontrer est celui de l’apprentissage des règles de priorité.  On commencera  par l’étude ses signaux routiers indicateurs de priorité, on expliquera la règle de la priorité de droite, on n’omettra  pas de parler de la priorité en cas de manœuvre et de changement de direction.

Mais plongé dans la réalité, que restera-t-il de cet enseignement ? L’enfant s’engage sur la chaussée en ne tenant pas compte de la circulation, il surestime la distance des véhicules circulant sur la route prioritaire et sous-estime leur vitesse,  il oublie qu’il est débiteur de priorité lorsqu’il contourne un véhicule à l’arrêt ou encore, alors qu’il effectue un « tourne- à- gauche », il coupe la trajectoire d’une voiture circulant en sens contraire. Mais le danger ne vient pas toujours de lui. Combien d’automobilistes ne respectent pas la règle de la priorité de droite aux carrefours où elle s’applique ? D’où l’intérêt, tout au moins au début, d’imposer l’arrêt à tout changement de priorité voire de descendre de son vélo et  emprunter les passages pour piétons.

Enfin, savoir anticiper et bien réagir

La bonne connaissance des règles du code de la route ne suffit pas à éviter les pièges de la circulation. C’est par l’expérience qu’il pourra les reconnaître et les anticiper. On peut toutefois accélérer le processus en lui montrant les dangers auxquels il devra faire face et les bons comportements à adopter.

Est-ce pour autant qu’il respectera les distances de sécurité lorsqu’il circule en groupe.  Pour cela, il sera utile de lui expliquer le principe de la distance d’arrêt qui se calcule en ajoutant à la distance de freinage la distance de réaction. Mais le plus compliqué peut-être sera de lui apprendre la technique du regard.  Je porte mon regard dans la direction où je dois aller. En appliquant ce principe, fini de se déporter dans les virages en fixant la voiture que l’on va croiser. Fini les écarts brusques dans la circulation parce que je me déconcentre.

 

L’apprentissage de la conduite d’un vélo dans la circulation ne s’improvise pas. Pour que les premières sorties soient efficaces et aussi sûres que possible, il importe d’avoir une bonne connaissance des règles de circulation et d’anticiper les difficultés auxquelles vous allez être confronté, le guide et l’élève.

 

 

Liens utiles : http://www.secumobilite.be/441510158 

                      http://www.secumobilite.be/432976318